Vide coder
Un texte sur l’IA, le code, la productivité, et le drôle de vide qui peut apparaître quand on génère plus vite qu’on ne comprend.
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J'ai un arbre pas loin de mon terrain que je surveille chaque année, un vieil érable qui est probablement plus vieux que nous autres.
Je m'engueule souvent avec.
Quelque part en août, au top top de l'arbre, je spot une première feuille qui vire rouge. C'est toujours lui le premier, on dirait qu'il dit aux autres que l'hiver s'en vient tranquillement. Des fois, ça me donne envie de prendre une échelle pis de lui enlever ses feuilles à lui, qu'il se la ferme, que les autres n'emboîtent pas le pas.
Maudit vieux sage, qui nous rappelle que l'été est encore passé trop vite.
Je sais que t'as raison, esti d'arbre.
J'ai encore passé mon été à être stressé, à me créer des problèmes, à penser à la job, à me sentir en retard, à me sentir comme si quelqu'un avait joué avec l'horloge, pis toi, tu t'en viens me réveiller trop tôt. J'ai pas pris le temps encore.
On le sait bien, toi, t'es là depuis plus longtemps que nous autres. T'en as vu d'autres. T'es au-dessus de ça, hein ? T'as fait le tour de la question. Pis anyway, toi, le printemps venu, tu vas avoir une autre chance.
Pendant ce temps-là, je vois mes feuilles virer blanches. Je me dis qu'il y a ben d'autres printemps, mais mes feuilles à moi vont rester blanches pour toujours.
Comprends-tu ça, maudit arbre ? J'en ai pas, de temps à perdre, moi. Faut que je réussisse, faut que je m'occupe de mes affaires, faut que j'élève ma famille, faut que j'envoie mes courriels pis que je pense à pas oublier de vider mes poubelles.
Arrête de me faire chier avec ta feuille rouge.
Je fais comment pour prendre ça, moi, le temps avec mes deux mains ?
Je pense que c’est peut-être là que je me trompe.
Le temps, ça se prend pas vraiment. C’est pas une roche. C’est pas une poignée. C’est pas quelque chose que tu peux tenir fort avant que ça parte. J’ai beau être fâché contre mon arbre, lui au moins, il a compris une affaire que j’ai encore de la misère à accepter : il fait juste être là.
Il pousse quand c’est le temps de pousser. Il verdit quand c’est le temps de verdir. Il vire rouge quand c’est le temps de virer rouge.
Il est juste là, l’esti.
Pis moi, je cours partout en me disant que je vais prendre le temps plus tard. Quand ça va être moins fou. Quand la job va être plus stable. Quand les enfants vont être plus grands. Quand j’aurai fini les trois affaires importantes qui sont supposées me donner la paix, mais qui en font juste apparaître sept autres en arrière.
Sauf que le maudit arbre, avec sa feuille rouge au top top, il vient me dire une affaire que je n’ai pas envie d’entendre : plus tard, c’est souvent le déguisement préféré de jamais.
Alors j’essaie de négocier avec lui.
Je me dis que, cette année, sa première feuille rouge ne sera peut-être pas juste le signe que l’été est en train de me filer entre les doigts. Peut-être que ça peut devenir autre chose. Un rappel. Un petit drapeau planté dans le ciel pour me dire : hey le grand, il en reste encore un bout. T’es encore là. Ta famille aussi. L’air est encore chaud. Les soupers dehors ne sont pas tous passés. Il y a encore des marches à prendre, des niaiseries à dire, des feux à regarder brûler pour rien.
Peut-être que c’est ça, prendre le temps avec mes deux mains.
Pas attraper le temps lui-même, mais attraper ce qui me ramène dedans. Parce que dans le fond, l’arbre ne me vole pas mon été.
Il me montre qu’il est encore là.
Pis c’est peut-être ça qui me fâche le plus. Pas qu’il ait raison. Mais qu’il soit assez fin pour me le rappeler avant qu’il soit trop tard.
Alors garde-la, ta feuille, maudit arbre.
Je vais probablement encore t’engueuler l’année prochaine anyway.
Mais cette fois-ci, je vais peut-être prendre ça comme un signe de fermer mon ordinateur, d’aller dehors, pis d’arrêter deux minutes de faire semblant que ma vie va commencer quand j’aurai fini ma to-do.