Fait de même
Un texte sur l’envie d’avoir une job facile à expliquer, une job que le monde peut voir, comprendre, et qui donne l’impression d’être utile.
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Pendant des années, j’ai eu ce petit fantasme un peu niaiseux de prendre mon laptop et d’aller travailler dans un endroit inutilement pittoresque: un parc, un café, le bord d’un champ, peu importe.
J’allais apporter une petite table ou un tapis, faire du travail profond en plein air, puis prendre des photos pour montrer au monde à quel point ma vie est intéressante.
Si seulement je pouvais fuir les meetings pendant une seule maudite journée. Être injoignable. Indisponible. Un homme avec un laptop et le droit sacré de faire du travail qui a du sens ailleurs qu’à un bureau.
Ça fait presque un an que je travaille à mon compte, et à un moment donné, ce vieux fantasme m’est revenu: attends, je peux faire ça maintenant !
Alors j’ai choisi l’endroit que j’avais imaginé: une table à pique-nique sous les vieux chênes, proche de la rivière Chassé.
J’avais mon laptop, quelques trucs sur lesquels travailler et, parce qu’apparemment j’étais vraiment rendu là dans mon personnage, un thermos à café acheté spécialement pour l’occasion.
Pendant quelques minutes, c’était exactement comme je l’avais imaginé. La rivière, l’ombre, le café, la petite satisfaction ridicule d’avoir réussi à me fabriquer un moment de liberté.
Mais quelque chose est devenu très évident dès les premières minutes.
Les maringouins aiment les rivières, tabarnak.
Je suis incapable de me concentrer avec ces petites mardes volantes qui me poignardent le cou et les doigts sans arrêt !
Alors après une heure d’essais, j’ai tout remballé et je suis retourné chez nous, vivre ma vie profondément ordinaire, pas inspirante pantoute, sans maringouins, mais productive.
Des fois, il faut se rendre compte que la liberté, ce n’est pas vraiment le bureau qui te l’enlève.
C’est juste les TABARNAK de maringouins.